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Qu’est-ce qui me fait le plus enrager ? Question difficile, je dois l’admettre.

Beaucoup de choses me font enrager dans ma situation. La répétition infinie des mêmes journées, croiser les mêmes personnes, avoir les mêmes conversations inutiles, effectuer les mêmes tâches au point d’en connaître les plus extrêmes détails. L’absence d’avenir, les projets que je peux faire, dont je peux rêver, mais que je ne peux pas exécuter. L’absence d’incidence à mes actes : quoi que je fasse, et même les pires horreurs, demain je peux repartir de zéro, comme si rien n’avait de réelle importance.

Cela dit, ce qui me fait le plus enrager, ce qui me rend réellement furax, ce qui me fait littéralement disjoncter, c’est que mon Endless Day tombe un vendredi 12 novembre. Un jour où je suis censée aller au travail au lieu d’avoir mon pont du 11-Novembre, compulser des dossiers débiles, me prendre le chou avec Jean-Bernard, alias JB, mon tyran de chef, rapport à mon RTT qu’il m’a interdit de poser. Un vendredi 12 novembre avec le merveilleux temps parisien : grisaille déprimante, pluie fine à vous jeter sous un RER, et température trop froide pour un blouson fin, tout en étant trop clémente pour sortir le manteau. Oui, je l’admets : c’est la météo qui me fait le plus enrager.

Ce vendredi 12 novembre, j’aurais pu mourir, écrasée par un bus, brûlée vive après avoir sauvé un enfant d’un terrible incendie, poignardée en jouant le bouclier humain face à un mari violent, ou tout simplement en m’ouvrant les veines dans ma baignoire. Mais non, j’ai juste été condamnée à revivre, encore et encore, des dizaines et des milliers de fois, la même journée. Un vendredi 12 novembre morne et déprimant.

Ca ne pouvait pas tomber le jour de Noël, la nuit de la Saint-Sylvestre ou un 12 août quand je suis en vacances à Ibiza. Ca ne pouvait pas non plus tomber le jour de mon anniversaire, de mon mariage (prévu pour juin prochain, ce qui est la preuve, sans l’ombre d’un doute, de l’ironie de la situation !) ou par un beau dimanche de printemps. Non, je me retrouve dans une putain de boucle temporelle un vendredi 12 novembre, un jour de pluie, un jour de travail, un jour pourri.

Avouez qu’il y a de quoi enrager.

Voilà donc, pourquoi écrire davantage ? Je m’appelle Alice Colvert, j’ai 28 ans, et le vendredi 12 novembre est mon purgatoire. A demain les enfants, quand vous ne vous souviendrez plus de rien.

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